Nos amours enfumés, ceux qui nous faisaient tousser ?
Nos amours parfumés, ceux qui nous faisaient souffler ?
Ces amours meurtriers, auxquels nous avons renoncé…

Pas de paquet de secours au fond d’un tiroir, pas de cendrier souvenir sur le meuble du salon, plus de briquet fétiche au fond du sac : tout ça, c’est bien fini. Je suis entrée dans la catégorie des ex-fumeurs (comme j’aimerais pouvoir dire « non fumeurs »), ceux qui se permettent plus que nul autre de tancer les accros, de houspiller les faibles, de torturer les persistants. On parle comme des anciens combattants, on évoque des souvenirs de vieilles blessures (« tu vois, au 4ème étage, j’étais déjà sur les genoux, mais aujourd’hui je m’en suis sortie »), on veut partager notre expérience, rallier du monde à notre cause…

Pour son plus grand malheur, je vis aujourd’hui avec un fumeur.

Eh bien sachez que le plus difficile n’est pas de résister à la tentation de m’en griller une avec lui (parce que parfois, à l’heure de l’apéro, dans le soleil couchant, devant un verre de vin, la tentation est toujours là). Non, le plus dur (et là je dois dire que je suis faible), c’est de ne pas lui faire remarquer à quel point il a tort de l’allumer, cette fichue cigarette. Le plus difficile, c’est de résister à l’envie de le regarder s’étioler au fil des minutes, sans monnaie en poche pour s’acheter son paquet, alors que je les ai, moi, ces 6 euros… ou de ne pas sourire ouvertement lorsque, perdus dans la campagne sur mes indications (« mais je comprends pas, mon cœur, on aurait du traverser ce village depuis longtemps… »), nous ne trouvons pas de tabac ouvert alors que la nuit tombe.

J’assiste toujours avec plaisir à ces moments de panique, ces instants tragiques où l’homme serait prêt à vendre sa mère, son chat (et moi?!) pour une cigarette… et je me fais fort de ne jamais l’aider dans ces moments-là. C’est comme une victoire personnelle de constater que je ne suis plus esclave de cette mauvaise habitude et d’être spectatrice de cette comédie grotesque.

Voilà. C’est dit. Je suis devenue accro au harcèlement. J’ai remplacé la nicotine par le sarcasme, le tabac par le reproche. Je suis devenue acerbe, et j’aime ça. 20 remarques désagréables par jour minimum, sinon j’implose. Je me réfugie derrière l’idée que je le fais pour son bien, que je l’aurai à l’usure… mais c’est surtout pour mon bien à moi que je persiste à lui mener la vie dure.

Au final je me demande si je n’étais pas plus agréable à vivre avec les doigts jaunes et l’haleine d’un vieux cendrier… et que restera-t-il de mes amours ?!

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