C’était au cours d’une soirée. Une jeune femme me parle de son addiction à la cigarette et de la nécessité d’arrêter dans notre société devenue non fumeuse.
Je l’écoute d’une oreille compatissante et d’un seul coup je réalise, comme si découvrais une vérité oubliée depuis la nuit des temps, «Mais au fait, moi aussi j’ai fumé !». Tel un mirage flottant dans mon esprit, je revois ma vie d’avant. Celle où j’entretenais une relation abusive avec la cigarette.

Je dois faire beaucoup d’effort pour me dire que c’était bien moi. Et oui, j’ai été fumeuse, et même grande fumeuse. Comment ai-je pu oublier cette période ? Comment ai-je pu zapper les douleurs du sevrage ? Je me sens si éloignée de cette Nathalie qui s’approvisionnait chaque semaine en cartouches de nicotine, tellement obsédée à l’idée de manquer.

Cette surprenante découverte m’amène à faire le point sur ce qui s’est passé dans ma vie. Et je me questionne sur cet «oubli ». J’avais entendu dire de la part des ex-fumeurs de ma famille, qu’il était « impossible de ne pas y penser même après vingt ans d’arrêt ». Cette phrase aujourd’hui, n’a plus aucun sens pour moi.


Que s’est-il passé alors, est-ce la méthode que j’ai utilisé pour arrêter de fumer ?
Après un effort, je me rappelle cette journée. J’habitais en province et j’avais pris rendez-vous avec un spécialiste à Paris dont la méthode avait fait des miracles sur des proches. Le prix de la consultation devait valoir le montant exacte de ma consommation mensuelle en clops (soit un œil) et j’étais partie le cœur en fête rejoindre le clan des non fumeurs. J’avais même pris la journée sur mon temps de travail. C’était au début du printemps, le soleil baignait les rue de Paris, je passais auprès de l’Arc de Triomphe et jetais solennellement mon dernier paquet de cigarette dans une poubelle des Champs Elysées. Toutes ces petites choses réunies avait fait de ce moment un événement exceptionnel…mais pas suffisamment pour le mettre au rencard ! Que s’est-il passé ensuite ?

Ça y est, je me souviens. Je me répétais la même phrase tout le long de mon sevrage « tu en as bavé pour arrêter alors pas question de craquer et de recommencer un autre sevrage, ce serait trop dur une seconde fois ». Un leitmotiv qui m’a aidé à maintenir la cadence les premiers mois. Mais pas assez puissant pour faire de cette manie un vague souvenir que je me demande même si je l’ai pas rêvé. Peut-être n’ai-je pas fumé assez longtemps…et bien non plus, j’ai pris ma première taf à quinze ans, et en farfouillant dans ma mémoire, je crois bien me rappeler que c’était une fine 120 menthol cette première cigarette. En continuant mes recherches, je me suis rendue compte que j’ai fumé de tout. Des sans filtres surtout, puis les roulées et les blondes quand je travaillais. Mes doses allaient de 12 à 24 par jour aussi. Ce n’est donc pas par là qu’il faut chercher.

A force d’examiner ma vie passée, je m’aperçois d’une chose incroyable. J’ai tellement changé depuis cette époque. Une vraie métamorphose. Elle s’est produite à partir du moment où j’ai lâché la cigarette et surtout quand j’ai décidé de m’éloigner de tout ce qui m’aurait donné envie de fumer. Du travail aux relations amicales, le changement s’est opéré tranquillement mais sûrement. J’avais décidé de m’éloigner de toutes sources de stress et de vivre à pleins poumons. Je me suis mise à suivre ma voie, mon propre chemin. Il y a eu des hésitations et quand le doute me prenait, je faisais un break pour revoir mes priorités. Je ne voulais plus qu’une quelconque obsession vienne polluer ma vie.

La cigarette m’avait encrassé les poumons et mes rêves, pas question qu’autre chose vienne me polluer la tête. Je voulais me sentir bien tout le temps. J’ai assumé mes choix et réalisé chacun de mes rêves au fur et à mesure. C’est devenue une évidence aujourd’hui, je vis pleinement chaque instant et continues à faire des projets. En écrivant ces mots, je réalise à quel point la cigarette à été un élément déterminant dans ma vie. Je peux même dire que c’est grâce à elle que j’ai eu une furieuse envie de connaître le bonheur.


Nathalie

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